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Comme nous l’avons vu, l’auteur s’exclut du texte, en donnant le pouvoir de narration à son héros. Le bon écrivain est rarement didactique, sa position s’exprime indirectement, de façon oblique. Malgré l’absence de jugement direct elle peut être définie à travers des dominantes sémantiques, qui se traduisent par des mots-clefs : le titre que nous verrons plus tard, les noms propres qu’on vient de voir et les répétitions – les unités lexiques les plus fréquentes.
Derrière l’intrigue apparente plusieurs thèmes sont développés et exprimés au travers des répétitions, des mots-clefs qui organisent la perception du texte, le construisent, soulignent des motifs importants pour l’auteur et permettent de comprendre les idées de la genèse du texte, les intentions de l’écrivain, son message entre les lignes. Les mots-clefs forment des groupes ou des « complexes sémantiques » (Jacobson) avec des synonymes, des associations, des mots, formés sur la même racine.
Iegor Gran nous confie : « Deux thèmes principaux c’est le jeunisme et l’art contemporain. Les vieux qui veulent rester jeunes, c’est l’idée qui traine à la surface de la société, personne n’assume son âge… La quête de la jeunesse – sujet inépuisable, compréhensible et bizarre à la fois.»

Jeunisme
Le jeunisme est un néologisme généralement péjoratif pour désigner l'engouement pour les techniques de chirurgie esthétique, de soins du corps et le culte de la jeunesse en général. Tendance à exalter la jeunesse, ses valeurs et à en faire un modèle obligé.
Les articles de vulgarisation sociologique évoquent d’habitude le jeunisme comme une facette de la « tyrannie des apparences » : avoir un corps beau, fort et souple est très tendance à tous les âges et notre apparence conditionne souvent nos relations aux autres. Cette attitude est généré par la puissance de la publicité et des médias qui exhibent la beauté, montrant même des personnes âgées « toujours jeunes et en forme».
Le regard moqueur et amusé sur le jeunisme de l’auteur de l’Acné Festival dévoile un vrai problème de notre société. Les mots-clefs de ce thème, qui se distinguent par leur fréquence et permettent la corrélation des niveaux factuel et conceptuel du texte, nous montrent derrière le jeunisme des motifs de vieillesse, de solitude et de mort, exprimés par de nombreuse répétitions : « âge pourri de soixante, anciens, vieux, retraite et maison de retraite, vieillard, âgé, finissant, cheveux blancs, calvitie, de nombreux jurons, évoquant l’âge, indifférence, fin, néant, solitude, mort, etc… » :
Le néant est facile, la retraite en revanche est pénible, c’est l’attente infernale, dans la queue on se morfond pendant des années pour avoir le visa, à cause du progrès la vie est devenue atrocement longue, à soixante on a encore vingt ans à tirer, parfois davantage, dans la cage de notre corps gangreneux on fait les cent pas comme un ouistiti au zoo, tandis que l‘incontinence en profite pour vider sur nos têtes des litres d’urine.
Demain la retraite et que vais-je devenir ? Rien de bon, je le crains, pauvre moi. La solitude me mastiquera entre ses cuisses, elle ouvrira son antre collant pour m’accueillir moi Guinness, et j’irai tête baissée le chewing-gum, trop content qu’on veuille de moi quelque part. (pp. 5-6)

S’en suit un magnifique passage sur la solitude, qui montre la vieillesse cruelle, inhumaine, de la charogne.
Le fait que la vieillesse est un synonyme de l’exclusion de la « vraie vie » celle des gens « actifs » et dynamiques, qu’elle engendre un isolement par le regroupement dans des établissements spécialisés et enfin la mort qui lui succède, est absolument occulté d’habitude, exclu des médias et des conversations. Les progrès considérables de la médecine ont relégué la mort loin de la réalité vécue au quotidien et elle est devenue un vrai tabou dans la société, qui tente de repousser non seulement la mort, mais aussi son image, car la réalité peut troubler, angoisser, indigner, révolter : « Aujourd’hui en France, on meurt le plus souvent en maison de retraite, à l’hôpital, dans le couloir d’un service d’urgences ou après un long passage dans différents services hospitaliers, seul parfois abandonné, en tout cas éloigné de son environnement quotidien et familial. » Mais pratiquant cette dénégation la société moderne aboutit à un résultat opposé au but poursuivie : elle augmente l’angoisse de la mort.
La souffrance et la douleur font peur, il y a une vraie inquiétude, une anxiété, un malaise pour toute forme de déclin, d’autant plus forts que la philosophie n’est pas très à la mode et la religion a perdu grandement de son influence. Tout cela se voit derrière le jeunisme dans l’Acné Festival en analysant le traitement linguistique de ce thème.
Au premier coup d’œil, la vieillesse est en opposition avec le leitmotiv de la sexualité débordante des personnages. Mais ce thème joue un double rôle : premièrement, il souligne le côté « adolescent » des protagonistes, et deuxièmement, il est en rapport étroit avec le motif classique du grotesque – la beauté apparente qui cache l’horreur intérieure (souvenons-nous que la dernière apparition de Chanel est le moment de sa trahison), plus largement c’est le thème de plénitude de la forme qui est vide d’essence qui nous conduit aussi au « thème de la vie et de la mort et à leur lutte dialectique et carnavalesque » (Bakhtine). Ainsi les deux thèmes se rejoignent en un couple éternel Eros / Thanatos.
Un autre versant du jeunisme peut être la reconquête de l’être grâce à l’état retrouvé de l’enfance, qui est marqué par les expressions enfantines (« caca », « bisque bisque rage », « Pouce ! »…) et toutes les situations de renversement : collection de timbres, conduite enfantine, etc. C’est la fuite de celui qui a perdu toute foi en soi-même et tout espoir dans le monde qui l’entoure, c’est la nostalgie d’une enfance avec l’inconscience du temps qui passe (nous l’avons évoqué dans la partie consacrée au chronotope), c’est aussi la nostalgie de « l’enfance de l’humanité » et le fantasme d’un retour aux origines, à l’âge d’or. Finalement Guinness trouve une autre échappatoire – la folie, pour se sauver de l’aliénation monstrueuse d’homme « civilisé ».

Art
L’Art est un autre thème important, soutenu linguistiquement par de nombreuses répétitions : art, galerie, galeriste, œuvre, misée etc…
La genèse d’Acné Festival est due à un autre livre, Le Triple jeu de l'art contemporain de Nathalie Heinich, où elle explique le mécanisme par lequel cet art gagne du terrain : au début les performances transgressives des artistes sont sanctionnées par des réactions négatives du public et la dérision des œuvres, mais finalement elles sont validées par les spécialistes en tant qu’œuvres subversives (ce qui est non seulement vu positivement mais proclamé comme une fin en soi de l’art) et intégrées aux frontières nouvellement agrandies d’AC.
L’exemple flagrant est Marcel Duchamp, qui a passé en deux générations du farceur à l'iconoclaste ; son urinoir se retrouve aujourd’hui comme le symbole par excellence de l'art contemporain et l’auteur apparaît comme l'artiste du siècle – c'est la notion même de création qui se trouve transgressée. La création n'est plus dans l'objet fabriqué par l'artiste mais dans le geste par lequel il érige en œuvre d'art ce qui, sans lui, n'en serait pas une. Cette radicale relativisation des critères de l'art donne lieu aux expériences de plus en plus osées.
Iegor Gran explique: « L’idée est qu’à un moment un type devient magicien – un amateur d’art éclairé qui peut décréter que telle ou telle chose est une œuvre d’art. Il s’est souvent autoproclamé, mais quelqu’un doit le suivre, adhérer et là il est sûr de lui et la foi est contagieuse…»
Après la démolition des critères classiques par les impressionnistes, l’anarchie et le nihilisme de Dada, après le chaos mental et la recherche du « Point Suprême » du surréalisme, l’acné semble être l’aboutissement presque légitime des recherches dans le domaine de l’art. Guinness est le galeriste, donc l’expert, l’acteur et le metteur en scène de l’art contemporain. Il est bien placé pour savoir ce qui est art et ce qui ne l’est pas.
Mais par la vision de son héros (ou plutôt de ses héros, car on rencontre ce même point de vue dans tous les livres de l’écrivain, dès qu’il s’agit d’Art contemporain) Iegor Gran souligne l’aspect parfois sidérant, souvent ridicule de l’Art contemporain, en le traitant comme une contrefaçon, comme un ersatz d’Art, il adapte une attitude très critique, faite de moquerie et de refus vis-à-vis des artistes et d’œuvres exposées. La seconde voix « en sourdine » de Guinness quand il n’est pas devant un client, un acheteur, est ouvertement satirique, c’est un bonhomme Chrysale devant un quelconque Trissotin-peintre, il condamne l’art « comptant-pour-rien » et aussi « content-pour-rien », avec un point de vue très moliéresque:
L’œuvre déplie ses articulations de mante religieuse […] T’es moche ! je lui dis comme je le pense. T’es lourde et repoussante ! […] déchet que tu es ! […] tu es veule et difforme, te ne vaux que par la signature qui est apposée sur ton socle, ton prix de revient est celui d’une boîte de sardines. Pour le nabot qui t’a réalisée, tu dois être de la magie vraiment, pur délire gnostique, car il n’y a pas passé plus de trois heures et encore je suis généreux, il en fait dix à la journée […] puis il les sème dans les galeries, au cou du galeriste elles se pendent, c’est à lui ensuite pauvre mule de se coltiner ta destinée. Au bout du compte, j’aurai passé mille fois plus de temps à essayer de te vendre que ton créateur à te faire éclore […] t’as de la chance d’être homologuée, ton certificat te sert de gilet de sauvetage […] c’est ma réputation qui t’a pistonnée […] ta valeur est dans ce bout de papier, esclave ! En dehors, tu ne vaux rien ! Zéro ! (pp. 62-63)
Les œuvres me semblent particulièrement laides, on dirait qu’elles font un concours à celle qui aurait le pompon de la difformité (p.94)
En même temps on découvre tous les procédés de commercialisation des objets, inhérents au monde de l’art contemporain, une approche purement commerciale. En bonimenteur de foire Guinness vend sa camelote. Propre à l’époque postmoderne, l'absence de critères de jugement ouvre les portes à toutes les duperies :
Pour mon meilleur client, rien n’est trop beau. Alors je lui choisis un vingt kilos que j’estime d’un excellent rapport. (p. 60)
La déco on s’en fiche […] Le prix c’est la question essentielle. Ne t’attarde pas trop à l’esthétique, ce n’est pas le propos de l’art, pense plutôt en mètres cubes que l’œuvre va occuper. […] L’art est aussi un placement financier. Sais-tu qu’une œuvre achetée il y a dix ans vaut aujourd’hui au moins le double, ce qui fait en taux actuariel un rendement d’au moins sept pour cent l’an, coupons réinvestis. De quoi battre l’inflation. (p. 102)

Il apparait donc presque légitime qu’en tant que galeriste il décide et décrète sur la valeur des œuvres :
La déclaration des droits de l’homme ne dit pas autre chose, les œuvres naissent égales entre elles, ensuite le talent du galeriste fera que l’une se vendra à vingt tandis qu’une autre atteindra les cent mille. Mettez-vous ça dans le crâne : c’est moi qui crée la valeur, et moi seul ! (pp. 115-116)

Pourtant, la connaissance de Guinness en matière de finance n’a d’égal que son ignorance en domaine artistique :
- Picasso tu connais ?
- Pikasso avec un « k » ? je demande comme si j’en connaissais effectivement. (p. 118)
Chanel est comme moi, ces noms ne lui disent rien, Caravage, Greco ou Machepro, quelle différence ? […] c’est un abracadabra qui force le respect, on se doit d’être à la hauteur quand on vous dit comme ça dans le blanc des yeux : Caravage ! ça fait son effet, Caravage. (p. 35)

Comme on le voit avec la dernière citation, Iegor Gran porte aussi un regard amusé et satirique sur la frustration et l’incompréhension de l’homme moyen devant l’Art. Seule une « âme simple » ou un vrai connaisseur peut oser un jugement sur le « roi nu ». La légitime réaction de rejet, de protestation indignée devant des œuvres d'art trop singulières est trop souvent taxée de conformisme et non reconnue comme la défense contre l'agression exercée par ces aberrations qui ne peuvent pas être intégrées à la catégorie des œuvres d'art sans dommage pour la définition même de cette catégorie. C’est sur cela que joue Guinness quand il essaye de faire passer son acné pour une œuvre d’art :
Les nazis réagiraient tout pareil. Quand une chose les agace, ils aboient. « Art dégénéré » qu’ils hurlent, « qu’on l’étripe » ! Ensuite ils brûlent. Je vous félicite, vous venez de faire allégeance. […]
- Une des particularités de l’art étant de provoquer l’hostilité, dis-je froidement comme on constate un décès, mon acné a été validée par votre comportement réactionnaire. (pp. 68-69)
Synonyme d'absurde, d'irrespect, de morbide et de prétention l’art contemporain trouve néanmoins ses adeptes. En absence de culture il vaut mieux lui témoigner un peu de respect…
- Les musées c’est un progrès à chier la tour de Pise, comparé au Moyen Âge où il y en avait que pour sa seigneurie (p. 13)
- Par l’hymen de ma mère, dit Zippo à travers l’émotion dans sa gorge, c’est ça l’art que je dis foutre dieu. (p. 16)

… ou utiliser l’art, qui est très à la mode, pour draguer par exemple :
De nos jours, on ne trouve pas mieux pour emballer […] Les filles s’imaginent peut-être que la durée de la performance est proportionnelle à la poudre de perlimpinpin que l’on arrive à caser dans une phrase. (p. 33)
- Attends Chanel, amorcé-je mes galanteries, tu veux voir ma boutique ? J’expose en ce moment des œuvres glamour, plastiquement grandioses. (p. 64)
- L’art est magie je disais ça pour vous impressionner, les garçons durcissent mieux quand une fille a l’air intelligente. (p. 118)

Une autre attitude, un autre « usage » pour l’art – c’est le renforcement et l’amélioration de son statut social :
- L’art est magie monsieur le maire, l’art est puissance.
- Voilà exactement ce que je pense, enchaîne-t-il soudain. C’est pour cette raison que je serai élu maire : j’ai la collection d’art la plus vaste de la cité, ça me donne des horizons… (p. 97)

Effectivement dans une telle ambiance « l’art est puissance, l’art est magie » devient un refrain et Guinness a tous les droits de se proclamer comme « celui qui sait » et de distribuer des appellations. L’auteur pousse la logique jusqu’au bout pour se régaler et nous faire rire de son absurdité.

Acné
Comme le titre du livre l’indique c’est un pivot de l’histoire qui unit tous les thèmes. Un jour Guinness découvre qu’il a un problème :
Ma face est maculée on dirait un défaut d’impression […] je recule effrayé, ce que je découvre est affreux (p. 50)

C’est drôlement dégoûtant (p. 52)

Au fil du livre cet incident désagréable se métamorphose :
- en un personnage distinct d’abord presque « en chair et en os » mais toujours importun :
Je la laisse respirer dans l’air du petit matin (p. 57)
Quand je me concentre réellement, je capte des pulsations dans l’acné. […] Ne te mets pas martel en tête, me dit-elle, les femmes fais-en ton deuil, tu as mieux, tu as moi. (p.112)
- en idéal féminin et en grandiose chef-d’œuvre d’art contemporain :
C’est que l’acné est le couronnement d’une longue quête liée à mon métier […] Je porte sur ma figure une œuvre d’art. (p. 66)
La retraite j’en avais cure depuis qu’elle avait honoré ma figure (p. 115)
Merveilleuse acné, tu m’as tant donné, dans mon cœur tu as remplacé une Chanel de pacotille (p. 140)
Que l’on me compare à des artistes dont les noms ne me disent rien, ça m’est égal. Que l’on sorte des maillots avec de l’acné imprimée, je m’en fiche. Il y aurait même un projet d’inclure l’acné dans le blason de notre ville, de gueule sur fond d’azur. Grand bien leur fasse ! On mesure le succès au nombre de parasites. (p. 154)

Difficile de ne pas penser au Nez et au Manteau de Gogol !
L’absurdité de la situation est à l’image de la situation absurde de l’art contemporain. Iegor Gran stigmatise le marché de l’art comme une pure spéculation : les canons de l’industrie artistique sont financiers et non pas esthétiques. Destiné autrefois aux connaisseurs, ce marché est régi aujourd’hui par le système administratif officiel bénéficiant de larges subventions de l’Etat, les grandes structures commerciales et les nouveaux riches sans culture et sans goût. L’hypocrisie et la masturbation intellectuelle, ou l’épanouissement du capitalisme moderne et une façon habile de faire de l’argent ? L’œuvre est remplacée par le discours sur l’œuvre, explications jargonneuses pseudo-philosophiques trouvant moult interprétations à ce qui n'en possède aucune :
…expliquant sur tous les tons, inlassablement, jamais à court d’arguments, frôlant la logorrhée, toujours la bouche ouverte et le doigt dans les livres d’Histoire […] il faut beaucoup de rhétorique pour faire aimer l’art. (p. 61)


Sur ses propres goûts dans l’art Iegor Gran raconte : « Dans l’art les goûts changent ; actuellement dans l’œuvre peinte, c’est la Renaissance italienne : quelque chose de très joyeux, d’une technique éblouissante, avec des problèmes passionnants, comme la perspective qui est très maitrisée mais fausse à la fois; dans l’art avant-garde c’est le discours qui devient presque plus important…
Parmi les contemporains – Picasso. Il est unique, inimitable, inouï de construction ; les classiques – Rembrandt, technique magnifique, humeur particulière… »
D’un autre côté l’auteur, rejetant en bloc l’art contemporain, en crée une œuvre littéraire (subtile hypocrisie de l’humoriste !), il pèle son oignon (Beckett dans Proust) pour en révéler le cœur « idéal » des personnages, s’adonne allégrement aux jeux divers et variés du langage et contribue parmi d’autres à l’éclatement des genres traditionnels. Mais en même temps il est dans la «splendeur du vrai », par quoi Platon définissait la beauté.



Автор перевода: Дульез Наталья Викторовна
Дата: 2014-09-27
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